Le territoire de Rochegude actuel est formé de trois anciens territoires : ceux des Aubagnans, de Saint André de Speranzano et de Rochegude. Ce texte est orienté sur le dernier qui nous intéresse le plus. Du nom latin rupes acuta qui fait référence au rocher non encore aplani pour porter le château et l’église.

La beauté du site et les avantages y ont attirés les premiers habitants avant l’époque romaine, des haches de pierre en attestent. Des monnaies romaines ont été retrouvées également.
Un cippe de belle taille trouvé à la Garenne (gravé au nom de Cassius Severianus) ainsi que huit petits tombeaux en pierre blanche disparus aujourd’hui sont des témoins de cette période.
Un fragment de statue en marbre blanc, d’un Bacchus debout est aujourd’hui au musée de Saint-Germain en Laye.

Le document le plus ancien parlant de Rochegude est une bulle papale d’Innocent III, qui confirme à Guillaume, évêque d’Orange, ses possessions, à savoir l’église de St Jullien (1137).

Un siècle plus tard, les documents sont plus abondants sur Rochegude. En 1299, une sentence d’arbitrage est rendue par Guillaume Sabran pour mettre fin aux querelles d’intérêt entre les trois co-seigneurs de Rochegude (Dragonet de Rochegude, Guillaume de Mondragon et Hugues de Caderousse) et les seigneurs des Aubagnans et les habitants de Suze d’autre part, au sujet de la propriété de la seigneurie des Aubagnans.

La division de Rochegude en trois co-seigneuries est très ancienne et explique le fait que l’on ne rencontre pas de famille portant le nom de Rochegude comme patronyme exclusif. Deux tiers de ces domaines deviendront domaine du Pape et le troisième du Dauphin.
En 1343, le haut domaine de Rochegude faillit passer en entier au Pape mais suite à arrangement entre Humbert II et le Pape, rien ne changea pour Rochegude : un tiers au nord (Aubagnans) au Dauphiné et les deux autres au Pape. Cette situation politique était ainsi définitivement réglée jusqu’à la Révolution. 

1343 est l’année où finit l’histoire ancienne de Rochegude.
Mais heureusement, celle-ci ne s’arrête pas là car un document de grande valeur, daté de 1352, la charte des franchises, immunités et libertés de Rochegude, nous fait état de détails de la vie municipale et des rapports des habitants avec leurs co-seigneurs. Ce parchemin, daté par Mr de Font-Réaulx ne fait pas état de document plus ancien relatif au village.

De très nombreux patronymes y sont mentionnés (Malecorne, Grillon, Juge…) qui fixèrent avec les seigneurs les statuts du village en 17 articles relatifs à la coupe des arbres au bois de vingtain, aux cannes, à la chasse dans les vignes, aux bergers, aux arbres fruitiers, aux fruits volés, au foin… En fait cela n’était ni plus ni moins qu’un règlement de police ou de garde-champêtres.

On apprend qu’il y avait en 1302 des cerfs, chevreuils, sangliers et en 1376 des loups dans les bois de Rochegude !

On doit au seigneur un jour de travail par an pour le bois de chauffage. Les relations avec les seigneurs n’étaient pas toujours de toute quiétude…
Des lieudits sont nommés au XIV ème siècle : La Clastre, Saint-Julien, Trascol, la vigne de Garnier, la Coste, la Genoine, les Guiots, Roveria, la terre de la Malautiera (maladrerie), les Sabadières,

Fabregas, quartier de Galaubert, le Plan, les Fourches, Ribagnan, le Rieu l’Envers, près du four chemin de l’hopital, les prés d’en haut, le plan d’en haut, le Lauron, Granouillet, Maupas, le bois des Lombardes, l’Estagnet, les Fabrègues, les Manègues ?

En fait de nombreux actes sont écrits pour faire valoir des reconnaissances de propriétés dans ces différents lieudits.
Une chapelle de Sainte-Catherine est mentionnée en 1348 sur le territoire de Rochegude. Puis, l’histoire de Rochegude à travers ses rapports avec l’histoire de la France et du Comtat mériterait quelques pages également. Ce travail basé sur une étude des archives de la commune, peut-être commencé par certains habitants soucieux de faits anciens, serait fort apprécié s’il était présenté au grand jour ….

De ce passé subsistent le château et l’église, et de nombreux pans de murs.

E. MALBOIS (historien)